Published On: mai 15, 2026

Territoires non cédés de la Nation algonquine anishinaabe [OTTAWA], 15 mai 2026 :

Les organisations environnementales et de la société civile condamnent fortement l’annonce faite aujourd’hui concernant l’accord entre le Canada et l’Alberta, qui affaiblit la tarification du carbone industriel et réaffirme l’engagement à accélérer la construction d’un oléoduc vers la côte ouest de la Colombie-Britannique.

Cet accord repousse à 2040 la date à laquelle l’Alberta devra atteindre un prix effectif sur le carbone de 130 dollars la tonne — soit dix ans plus tard que prévu initialement. Cette mesure est désormais présentée comme un objectif plutôt que comme un seuil minimal.

« Avec l’annonce faite aujourd’hui, le Premier ministre Carney sape l’un des derniers piliers du plan climatique du Canada », a déclaré Caroline Brouillette, directrice exécutive du Réseau action climat Canada.

« Le premier ministre a été élu en promettant de renforcer le système de tarification du carbone industriel. Il en a fait le pilier de sa stratégie climatique et s’en est servi pour justifier la suppression d’autres mesures visant à responsabiliser les pollueurs. Au lieu de cela, il démantèle des protections essentielles pour les écosystèmes et les communautés et laisse l’industrie pétrolière et gazière, détenue par des intérêts américains, établir ses propres règles, alors que les Canadien.ne.s sont confronté.e.s à la hausse du coût des énergies fossiles et aux catastrophes climatiques.

« Accélérer la construction d’un oléoduc en 2027 — sans le consentement des Premières Nations, sans promoteur du secteur privé et alors que la demande en énergies fossiles s’effondre en Asie — défie véritablement toute logique. Ce projet ne serait pas viable sans subventions publiques — et les Canadien.ne.s ne veulent pas que leur argent soit gaspillé dans un autre oléoduc coûteux. »

Cet accord intervient après une année marquée par un recul constant des politiques climatiques. Tout récemment, le gouvernement fédéral a annoncé des modifications réglementaires qui videraient de leur substance les mesures de protection de l’environnement et les garanties procédurales au Canada, et a publié une stratégie d’électrification qui permettrait d’augmenter la part des énergies fossiles dans le réseau électrique. 

« Le gouvernement Carney met en œuvre ces changements sous prétexte de construire des grands projets. Mais ne pas se demander si nous construisons les bonnes infrastructures, de la bonne manière, ne fera que créer de nouveaux obstacles et retards, tout en nous enlisant dans une économie d’une autre époque. Ce n’est pas ce dont le Canada a besoin — pour sa compétitivité, sa sécurité et une planète saine pour les générations futures », a ajouté Caroline Brouillette.

Citations :

Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales, Équiterre :

« Le premier ministre se sert de la guerre commerciale avec les États-Unis pour enfoncer le Canada dans la dépendance aux hydrocarbures, alors que le monde cherche par tous les moyens d’en sortir. S’il a fait un bon diagnostic des transformations géopolitiques, il reste étonnamment attaché aux vieilles solutions. Le gouvernement de l’Alberta et l’industrie pétrogazière qui se plaignent d’être désavantagés, même après s’être fait donné un pipeline de 34 milliards $ aux frais des contribuables, c’est un sport national au même titre que le hockey. Ce n’est pas une excuse pour affaiblir les protections environnementales et se priver des mesures fiscales nécessaires pour protéger les communautés contre les impacts des changements climatiques. »

Anne-Céline Guyon, analyste climat-énergie, Nature Québec :

« Ce recul sur la taxe carbone industrielle n’est qu’une pierre de plus à la voie que pave le gouvernement fédéral aux pétrolières et gazières depuis un an déjà. Mesures après mesures, nous assistons à l’orchestration d’un démantèlement précis et systématique de toutes les lois qui protégeaient la population et l’environnement au profit d’une industrie fossile obsédée par une seule chose : gonfler encore davantage les profits déjà colossaux de ses actionnaires avec l’argent des contribuables. S’il subsistait encore un doute sur les intérêts que sert réellement le gouvernement fédéral, il vient aujourd’hui de tomber. »

Louis Couillard, responsable de la campagne climat-énergie pour Greenpeace Canada :

« La seule chose qui progresse plus vite que le démantèlement des politiques climatiques canadiennes, c’est la révolution mondiale des énergies renouvelables ! Le gouvernement Carney, qui choisit les profits des grandes pétrolières au détriment de cette révolution, est en train de voler aux Canadiens la chance de bâtir un pays plus vert et plus sécuritaire. Un monde plus vert est logiquement un monde plus sûr et plus abordable, ne confondons donc pas ce qui est bon pour les compagnies pétrolières avec ce qui est bon pour le monde ordinaire. »

Dre Samantha Green, présidente, Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME) (dont fait partie l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) :

« Les conclusions sont claires et cohérentes : la grande majorité de la population canadienne est préoccupée par les changements climatiques et souhaite que nos dirigeants agissent. Et pourtant, nous assistons à un démantèlement massif de la politique climatique par le gouvernement fédéral, précisément au moment où les répercussions de la crise climatique sur la santé s’accélèrent autour de nous. La tarification du carbone industriel est l’un des outils les plus efficaces dont dispose le Canada pour réduire la pollution. L’affaiblir tout en augmentant la production d’énergies fossiles envoie un message irresponsable selon lequel les accords politiques à court terme importent plus que la santé et la sécurité de la population canadienne. Le coût de ces décisions se mesurera en vies humaines. »

André Bélanger, directeur général Fondation Rivières :

« Jour de deuil pour la nature aujourd’hui. Ce nouveau recul du premier ministre Carney vient saboter les efforts du Québec en matière de transition énergétique. Pendant que la planète adopte à grande vitesse les sources d’énergie renouvelable, Ottawa accélère la course du Canada vers les hydrocarbures en déclin en faisant fi de la protection de l’environnement et de la réalité des changements climatiques. Pathétique. »

-30-

Climate Action Network – Réseau action climat (CAN-Rac) Canada est le plus vaste réseau d’organisations travaillant sur les questions liées aux changements climatiques et à l’énergie au Canada. Il s’agit d’une coalition de près de 200 organisations opérant d’un océan à l’autre. Nos membres rassemblent des groupes environnementaux, des syndicats, des Premières Nations, des organisations de justice sociale, de développement, de santé et de jeunesse, des groupes religieux et des initiatives locales.

Pour plus d’informations ou pour organiser une entrevue, contactez :

Vicky Coo, Directrice des communications
comms@climateactionnetwork.ca