Le Premier ministre Harper ne viendra pas au prochain Sommet de l’ONU sur le climat : malheureusement, c’est une bonne chose
Louise Comeau, Directrice Exécutive, Réseau action climate Canada – Climate Action Network Canada
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Les dirigeants du monde entier ont été invités par le Secrétaire général des Nations Unies (ONU), Ban Ki-moon, à New York, le 23 septembre, pour un Sommet sur le climat. L’événement d’une journée est conçu de sorte à donner un élan à leurs négociations sur le climat mondial ; les chefs d’État sont convoqués pour parler des actions entamées par leurs pays afin d’accélérer l’élimination progressive des économies alimentées aux combustibles fossiles et donner momentum à la finalisation d’un nouveau traité international à Paris en 2015. Le Premier ministre Stephen Harper n’y participera pas. C’est triste à dire mais nous croyons que c’est une bonne chose. Les dirigeants politiques à cet événement veulent faire avancer la protection du climat. Puisque le Premier ministre Harper n’a montré aucun intérêt pour une telle initiative, c’est mieux s’il reste chez-lui.
Tous les Canadiens devraient voir ça comme une bien triste situation. Nous avons un si grand potentiel de faire partie de la solution et, étant donné que les enjeux sont si importants, on aurait souhaité avoir un Premier ministre qui non seulement aurait participé, mais qui chercherait même à prendre les devants sur cet enjeu.
Si nous voulons changer cette situation, alors tout le monde, et surtout nous les baby-boomers, devont dire à ce gouvernement-ci et à tous les politiciens – fédéraux, provinciaux et municipaux – que la protection du climat est une priorité pour nous, en ce moment et quand viendront les élections. Nous pouvons commencer en montrant que nous nous soucions de cet enjeu en marchant dans la rue dans le cadre de la Marche des peuples pour le climat planifiée pour New York et à travers le monde, y compris le Canada, le 21 septembre. Cela va montrer aux dirigeants du monde que nous sommes sérieux à ce qu’ils travaillent sur une entente mondiale de protection du climat. Il faut leur faire comprendre que nous les surveillons et que nous voulons qu’ils appuient le genre de politiques et de cibles nécessaires pour vraiment protéger le climat.
Parmi des exemples de politiques, tirer avantage du pouvoir d’une économie de marché en appuyant les cibles et les mécanismes de marché qui stimulent l’innovation qu’il nous faut pour bien faire les choses pour la planète, y compris nos enfants et nos petits-enfants. Il nous faut accepter que l’élimination progressive des combustibles fossiles et la mobilisation des capitaux dans la direction d’un système d’énergie complètement renouvelable font partie de tout cela.
Il faut que le Canada signe un traité international sur le climat avec des cibles qui prouvent à l’ensemble du monde que nous prenons ce problème au sérieux et que nous ferons notre part. Tout au moins, afin qu’il se mérite un siège aux négociations internationales, le Canada doit annoncer, lors des prochaines sessions de négociations de l’ONU à Lima, au Pérou en décembre cette année, les actions additionnelles que nous allons amorcer pour s’assurer de respecter la cible pour 2020 que nous avons fixée pour nous-mêmes à Copenhagen en 2009 – une cible que nous allons manquer par une marge importante. Le Canada aurait pu faire cela lors du Sommet sur le climat en septembre à New York, mais malheureusement nous allons manquer cette opportunité. Le mieux que l’on puisse faire, c’est d’encourager notre gouvernement à déclarer au reste de la planète à Lima comment il prévoit respecter sa cible pour 2020.
Dans le cadre du processus de négociations internationales en cours, on s’attend à ce que les pays vont annoncer des engagements ambitieux de réduire les émissions de gaz à effets de serre, bien avant la session finale de négociations à Paris, en décembre 2015. Afin de s’assurer que les négociations soient conclues à temps, les pays sont sensés annoncer ce à quoi ils sont prêts à s’engager dès le début de 2015. Alors, dès mars 2015, le Canada doit annoncer son engagement et démontrer comment cela va nous permettre d’atteindre l’objectif à long terme que nous avions indiqué comme étant essentiel afin que les perturbations climatiques restent en-dedans d’une limite de risque gérable : des réductions 80 à 90 % d’ici 2025. Pour le Traité de Paris, la cible du Canada doit être d’environ 35 % en-dessous des niveaux de 1990 d’ici 2025, et de 45 % en-dessous des niveaux de 1990 d’ici 2030. Et le Canada doit également s’engager à accorder un important appui financier, technologique et de renforcement des capacités pour les réductions des émisssions et l’adaptation dans les pays en développement.
Pour que cela se fasse, il nous faut des politiques fédérales qui mobilisent les capitaux et les dirigent loin du développement des combustibles fossiles et plutôt vers les investissements dans l’énergie renouvelable et l’efficacité énergétique. Pour y arriver, les Canadiens, et surtout les baby-boomers qui votent, doivent dire OUI lorsque des politiciens proposent d’utiliser l’imposition de taxes et des autorités réglementaires pour signaler aux marchés que la pollution par les gaz à effets de serre n’est plus acceptable.
Nous avons toutes les raisons de s’attendre à ce que le gouvernement fédéral appuie les efforts provinciaux dans le cadre d’une cible nationale juridiquement contraignante. Nous avons toutes les raisons de vouloir un gouvernement fédéal qui facilite la collaboration pan-canadienne et transfrontalière, les échanges et les investissements dans l’énergie propre et renouvelable afin que l’on puisse s’éloigner des combustibles fossiles dépassés. Le plus long on attend, le plus difficile ce sera de le faire.
Nous devons dire à notre gouvernement que nous voulons montrer au reste de la planète que le Canada tient à coeur la protection du climat. Et il nous faut envoyer ce message haut et clair de toutes les manières que nous le pouvons.
Au Réseau action climat Canada, notre objectif est d’encourager les Canadiens à dire OUI à la protection du climat. Les progrès ont été lents, dangereusement lents. Le temps est venu d’accélérer la cadence ; nous sommes ingénieux, créatifs et compétents. Nous avons la capacité de changer. Il nous faut tout simplement décider de le faire.
Dr. Louise Comeau est la Directrice exécutive du Climate Action Network Canada – Réseau action climat Canada (CAN-Rac), une coalition de plus de 100 organismes de partout au Canada qui célèbre cette année 25 ans de travail en collaboration pour faire avancer la protection du climat, ainsi que pour promouvoir le développement durable et équitable.

